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2 octobre 2017 - Commentaires fermés sur Le Coeur, cet inconnu

Le Coeur, cet inconnu

                                              

 

Si l’on demande de définir le mot « cœur » aujourd’hui, on obtiendra immanquablement une définition référant au corps, le coeur comme organe physique, en charge de faire circuler le sang, et une autre référant à l’âme, le cœur comme centre psychique, en relation avec la circulation, disons, émotionnelle.

 

 

Il manquera presque toujours, faute d’en avoir conscience, une dimension « verticale », référant à l’Esprit, car la distinction entre les mots âme et esprit n’est plus établie clairement dans les consciences.

On réduit le spirituel au psychique, en perdant totalement de vue la dimension « supra-individuelle » que comporte nécessairement l’Esprit.

Il faudrait compléter par une troisième définition du Cœur comme centre de l’individualité intégrale, comme lieu d’émergence de l’universel en chacun, comme « siège du Soi principiel et inconditionné », si l’on emprunte la terminologie du Védantâ.

Pour cette réalité spirituelle du Cœur, la tradition musulmane a retenu cette phrase  qui peut servir de ligne directrice à cet enseignement :

« L’Univers tout entier n’est pas assez grand pour Me contenir,

mais le cœur de mon serviteur fidèle Me contient tout entier »

C’est autour de la restauration de cette troisième définition que sont réunis les textes suivants, tirés de :

- L’homme et son avenir selon le Védanta de René Guénon, pp 41 et suivantes

- Le sermon n°2 de Me Eckhart, pp 231 et suivantes

  • Le cœur comme lieu d’intelligence, en tant qu’il est le lien à l’Intelligence Universelle :

Il est dit que c’est Brahma qui réside dans le centre vital de l’être humain, et cela pour tout être humain quel qu’il soit, et non pas seulement pour celui qui est actuellement « uni » ou « délivré » (…) 

Ce centre vital est considéré comme correspondant au plus petit ventricule (guhâ) du cœur (hridaya), mais ne doit cependant pas être confondu avec le cœur au sens ordinaire de ce mot, nous voulons dire l’organe physique qui porte ce nom car il est en réalité le centre, non pas seulement de l’individualité corporelle, mais de l’individualité intégrale, susceptible d’une extension indéfinie dans son domaine, et dont la modalité corporelle ne constitue qu’une portion, et même une portion très restreinte.

Le cœur est considéré comme centre de la vie, et il l’est en effet , au point de vue physiologique, par rapport à la circulation du sang, auquel la vitalité même est essentiellement liée d’une façon toute particulière, ainsi que toutes les traditions s’accordent à le reconnaître ; mais il est en outre considéré comme tel dans un ordre supérieur, et symboliquement en quelque sorte par rapport à l’Intelligence Universelle dans ses relations avec l’individu. Il convient de noter à ce propos que les Grecs eux-mêmes, et Aristote entre autres, attribuaient le même rôle au cœur, qu’ils en faisaient aussi le siège de l’intelligence, et non du sentiment, comme le font d’ordinaire les modernes ; le cerveau, en effet, n’est véritablement que l’instrument du mental, c’est-à-dire de la pensée en mode réfléchi et discursif ; et ainsi, suivant un symbolisme déjà indiqué, le cœur correspond au soleil et le cerveau à la lune. (…)

  • Le cœur comme « lieu » de résidence du principe qui est le Soi 

Cet Atmâ qui réside dans le cœur, est plus petit qu’un grain de riz, plus petit qu’un grain d’orge, plus petit qu’un grain de moutarde, plus petit qu’un grain de millet, plus petit que le germe qui est dans un grain de millet ; cet Atmâ qui réside dans le cœur est aussi plus grand que la terre (le domaine de la manifestation grossière), plus grand que l’atmosphère (le domaine de la manifestation subtile), plus grand que le Ciel (le domaine de la manifestation informelle), plus grand que tous ces mondes ensemble (c’est-à-dire au-delà de toute manifestation, étant l’inconditionné)

(Chandogya Upanishad, 3ème Prapathaka, 14ème Khanda, Shruti 3)

Le « Soi » n’est que potentiellement dans l’individu, tant que l’Union n’est pas réalisée, et c’est pourquoi il est comparable à une graine ou à un germe ; mais l’individu et la manifestation tout entière ne sont que par lui et n’ont de réalité que par participation à son essence, et il dépasse immensément toute existence, étant le Principe unique de toutes choses.

  • Le cœur comme citadelle divine 

Ainsi, ce qui réside dans le centre vital, au point de vue physique, c’est l’Ether ; au point de vue psychique, c’est « l’âme vivante », et jusque-là, nous ne dépassons pas le domaine des possibilités individuelles ; mais aussi et surtout, au point de vue métaphysique, c’est le « Soi » principiel et inconditionné.

C’est donc vraiment l’Esprit Universel qui est en réalité Brahma même, le « Suprême Ordonnateur » ; et ainsi se trouve pleinement justifiée la désignation de ce centre comme Brahma-Pura, citadelle ou ville de Brahma.

Or Brahma considéré de cette manière dans l’homme est appelé Purusha, parce qu’il repose ou habite dans l’individualité intégrale comme dans une ville (puri-shaya), car pura au sens propre et littéral signifie ville.

« Dans ce centre vital, le soleil ne brille point, ni la lune ni les étoiles, ni les éclairs ; bien moins encore ce feu visible. Tout brille après le rayonnement de Purusha : c’est par sa splendeur que ce tout (l’individualité intégrale considérée comme microcosme) est illuminé »

Il y a une référence comparable dans la Bhagavad Gita . (XV, 4 et 6)…

Il faut rechercher le lieu (symbolisant un état) d’où il n’y a pas de retour (à la manifestation) et se réfugier dans le Purusha primordial de qui est issue l’impulsion originelle. Ce lieu, ni le soleil, ni la lune, ni le feu ne l’éclairent : c’est là mon séjour suprême.

… et une autre dans l’Apocalypse (XXI, 23) , au sujet de la « Jérusalem Céleste » :

« Et cette ville n’a pas besoin d’être éclairée par le soleil ou par la lune, parce que c’est la gloire de Dieu qui l’éclaire, et que l’Agneau en est la lampe. »

Je ne peux enfin que renvoyer au texte de Me Eckhart sur ce sujet, qui est le sermon n°2 :

« Il est dans l’âme un château fort où même le regard du Dieu en trois personnes ne peut pénétrer »

En voici la fin :

Ce petit château fort est si totalement un et simple, si élevé au-dessus de tout mode et de toutes puissances est cet unique Un, que jamais ni puissance ni mode ni Dieu lui-même ne peuvent y regarder. En bonne vérité et aussi vrai que Dieu vit, Dieu lui-même n’y regardera jamais, ne fût-ce qu’un clin d’œil, dans la mesure où il agit selon le mode et les propriétés de ses Personnes. 

Il faut bien remarquer cela, car cet unique Un n’a ni mode ni propriété ? C’est pourquoi, si Dieu veut y jeter un regard, cela lui coûtera nécessairement tous ses noms divins et ses propriétés personnelles.

Il lui faudra tout laisser à l’extérieur.

Mais c’est en tant qu’il est un Un simple, sans mode ni propriété, là où il n’est ni Père, ni Fils, ni Saint-Esprit, et cependant en tant qu’il est un quelque chose qui n’est ni ceci, ni cela, oui, voyez ! ce n’est qu’autant qu’il est un et simple qu’Il pénètre dans cet Un, que j’appelle « un château fort dans l’âme ». ;et il n’y peut entrer d’aucune autre manière ; ce n’est qu’ainsi qu’il y pénètre et s’y installe.

Par cette partie d’elle-même, l’âme est semblable à Dieu, et elle ne l’est d’aucune autre façon.

Ce que je vous ai dit est vrai. J’en prends la Vérité à témoin et je vous donne mon âme en gage.

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